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Avant, j'avais des principes

Publié par Sonia Daly le dans Petite enfance

Avant, j'avais des principes

Maintenant… j’ai des enfants!

Qui n’a jamais entendu cette maxime? Une phrase libératrice, qui nous aide à relativiser le fait que plusieurs de nos idéaux sur la vie des parents se sont parfois heurtés… à la réalité!

Moi la première.

Le 17 novembre dernier, Journée mondiale de la prématurité, me rappelait encore cette année à quel point mon entrée dans le monde des parents a été bouleversante. J’ai tant rêvé de la grossesse sans histoire, de l’accouchement naturel, de la première tétée toute romantique. Rien de cela n’est vraiment arrivé. J’ai accouché d’une merveilleuse petite fée, à 6 mois et demi de grossesse. Ce fut de loin l’expérience la plus difficile de ma vie, mais aussi celle qui m’aura été la plus bénéfique dans mon jeune vécu de parent. Difficile, parce que j’ai dû accepter de ne pas avoir tout le contrôle de la situation. Bénéfique, parce que ce moment m’a apporté une bonne dose d’humilité, dont la finissante en psychologie que j’étais, qui croyait avoir tout lu et tout vu, avait besoin. Bénéfique, parce que j’ai aussi pu constater à quel point j’étais bien entourée pour affronter ce défi que la vie avait mis sur mon chemin.

La petite enfance: une période de grande vulnérabilité

Dans mon dernier blogue, je nous rappelais à quel point la petite enfance est une période magique dans le développement humain, mais aussi une période d’une grande vulnérabilité. Quelle grande pression sur les épaules d’un nouveau parent! Non seulement devenir père ou devenir mère ne vient pas avec un manuel d’instruction, mais en plus, il est écrit « fragile » en grosses lettres rouges sur notre dernière livraison. Et si être parent d’un tout-petit était aussi une période d’une grande vulnérabilité?

Comme vous, j’ai été surprise la semaine dernière de constater que près d’un enfant sur deux au Québec est victime de violence mineure. La violence mineure fait référence à des gestes comme crier, hurler, taper les doigts de son enfant, etc. Que le parent qui n’a jamais perdu patience et haussé un peu le ton lance la première couche! Quand le manque de sommeil chronique s’installe, ponctué de gastro et de petits rhumes, et qu’il est jumelé avec une conciliation famille-travail pas toujours évidente… Ne pas perdre patience relève presque du miracle. L’Enquête québécoise sur l’expérience des parents d’enfants de 0 à 5 ans (EQEPE) nous révélait d’ailleurs que près de 1 parent québécois sur 6 se sent fréquemment stressé, que 1 parent sur 5 se met beaucoup de pression et que 1 parent sur 4 n’a accès à aucune mesure de conciliation famille-travail.

Évidemment, ça ne veut pas dire qu’hausser le ton est banal. Ça ne veut surtout pas dire que de crier régulièrement après son enfant ou alors de le dénigrer est un comportement acceptable, qui ne laisse pas de traces chez l’enfant. Ce que ces données de l’Observatoire des tout-petits et de l’EQEPE nous rappellent, par contre, c’est qu’encore beaucoup trop de parents au Québec vivent des moments difficiles, et que sous le stress et la pression, les paroles et les gestes finissent possiblement par dépasser les pensées. Ce parent… c’est peut-être vous, ou moi. Oui, même un parent qui aime très fort ses enfants peut aussi perdre les pédales! Nous sommes quand même plus que 1 parent sur 2 au Québec à aimer profondément nos enfants, n’est-ce pas?! Ce que la recherche sur la parentalité nous dit essentiellement, et qu’il importe de rappeler, c’est que le stress affecte grandement la capacité des parents à exercer pleinement leur rôle. Il n’y a pas vraiment de bons et de mauvais parents. Il n’y a que des mères et des pères qui ont besoin d’un petit coup de pouce, parce que la vie n’est pas toujours tendre avec eux.

L'importance de pouvoir compter sur du soutien

Je le sais mieux que quiconque. À la naissance de ma fille, j’ai pu compter sur le soutien de mes amis, de ma famille et de mes collègues de travail. Encore aujourd’hui, quand je suis prise dans le tourbillon du retour à la maison, je peux compter sur mes beaux-parents pour aller chercher ma plus jeune à l’école. J’ai aussi mon conjoint qui me rappelle souvent que je suis trop dure avec moi-même. Et une patronne qui m’ordonne de rester à la maison quand la petite est malade. Être un bon parent ne signifie pas être bon 100 % du temps… C’est plutôt donner le meilleur de soi-même un peu plus que la majorité du temps. C’est donc bien correct de ne pas toujours être assis par terre avec son enfant… ou de s’enfermer dans les toilettes pour avoir quelques minutes de répit! Et, dans nos moins bons moments, lorsque nous sentons que l’impatience et la colère nous gagnent, c’est correct de s’éloigner un instant pour prendre une grande respiration ou pour pleurer un bon coup. C’est correct de demander de l’aide et de pouvoir compter sur le soutien d’autres personnes. Nous ne sommes pas infaillibles. J’ai moi-même régulièrement demandé pardon à ma fille pour toutes les fois où j’ai perdu, l’espace d’un moment, le contrôle de la situation.

Soyons indulgents envers nous-même et aussi envers les autres parents. Soyons bienveillants, à l’écoute et empathiques. Les parents du Québec ont aussi besoin de notre plus grande attention, car avec leurs tout-petits, ils ne forment qu’un! La prochaine fois que nous croiserons un père ou une mère en difficulté, offrons une main tendue plutôt qu’un reproche.

Nous avons promis la semaine dernière d’aider nos tout-petits à devenir grands… Et si nous promettions aussi à nos tout-petits d’aider les plus grands à s’épanouir comme parents?

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