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Des mythes qui ont la vie dure, la suite

Publié par Sonia Daly le dans Défavorisation

Des mythes qui ont la vie dure, la suite

Dans mon dernier billet, je proposais de déconstruire quelques mythes sur la pauvreté et de troquer nos préjugés par de la bienveillance envers les parents de jeunes enfants vivant dans des conditions difficiles. Non seulement ces mythes ne traduisent pas bien la réalité, mais ils sont dommageables pour les enfants que nous voulons protéger. J’écrivais notamment que la pauvreté est tout sauf un choix et que les parents pauvres, comme n’importe quel autre parent, se sentent compétents. Ils ont surtout besoin d’être reconnus à leur juste valeur.

Cette semaine, je continue la réflexion avec deux autres mythes qui ont la vie dure et dont il faut aussi impérativement se débarrasser en 2017 si nous avons à cœur le bien-être des tout-petits.

Mythe #3 : la pauvreté est une affaire de BS

Limiter la pauvreté aux prestataires de l’aide sociale est un raccourci facile à faire, pourtant rien n’est plus faux. Les dernières données sur la pauvreté tendent plutôt à démontrer qu’on ne retrouve pas seulement des frigos vides dans les HLM, mais aussi dans de belles maisons de banlieue. Le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale est d’ailleurs en constante diminution au Québec depuis les dernières années. En effet, seulement en 2016, 6000 ménages ont mis fin à leur demande de prestations alors que, curieusement, le réseau québécois des banques alimentaires a observé une augmentation des demandes d’aide de plus de 5%.

C’est donc dire que la pauvreté fait plus de victimes qu’on le croit et qu’elle a surtout mille et un visages : des travailleurs, des réfugiés nouvellement arrivés, une mère ou un père récemment séparé, un parent qui fait le choix courageux de retourner aux études, des parents qui travaillent au salaire minimum, sans oublier plusieurs familles qui tentent de surmonter difficilement le cercle vicieux de l’endettement. De plus, la pauvreté n’est pas seulement économique, elle peut aussi être sociale puisque plusieurs conditions de vie peuvent contribuer à augmenter le niveau de stress des parents. C’est le cas notamment du manque de soutien social, de l’éloignement géographique et de l’analphabétisme. Chose certaine, peu importe qui est affecté par la pauvreté, elle nous rend tous plus pauvres collectivement, car elle nous prive de beaucoup de talents.

Mythe #4 : les familles pauvres n’ont qu’à utiliser tous les services en place pour améliorer leur sort

Qui d’entre nous n’a pas déjà ressenti la gêne d’aller chercher de l’aide? Dans le film à succès La grande séduction, le maire du village nous rappelle d’ailleurs de façon poignante à quel point aller chercher son chèque de BS, c’est aussi aller chercher « une bonne dose de honte ». Mais d’où vient cette honte? En effet, ce ne sont pas toutes les familles qui peuvent compter sur le soutien de leurs proches et demander de l’aide s’avère parfois une vraie course à obstacles. En fait, un parent sur quatre ne peut compter que sur lui-même en cas de difficultés.  

Pourtant, me direz-vous, il existe tout de même des services! Oui, mais non. Ce n’est pas parce qu’un service existe qu’il est nécessairement accessible ou de qualité. Les 15 000 parents sondés dans le cadre de l’initiative Perspectives parents mentionnent à ce sujet qu’il suffit d’un seul obstacle dans leur recherche de services et d’activités pour les décourager de les utiliser : manque de temps, horaires inadéquats, coûts, etc. La bonne nouvelle c’est que des milliers de partenaires au Québec travaillent fort pour lever les barrières entre les organisations, les intervenants et les familles. Serez-vous le prochain à joindre ce mouvement?

Cela dit, il n’en demeure pas moins que le sort des enfants et de leurs parents est aussi entre nos mains. Plus nous stigmatisons les parents, plus nous faisons du tort aux enfants. Des enfants heureux et en santé grandissent dans des familles où les parents sont soutenus par des citoyens et des communautés bienveillantes. Et la bienveillance commence d’abord par nous-même, en s’ouvrant aux autres et en surmontant nos préjugés. Comme le dit si bien l’écrivain libanais Amin Maalouf : « C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »

Les mythes que nous perpétuons sur la pauvreté nous aveuglent et nous empêchent d’avancer. Fini le temps où il était évident qu’un enfant à problème était nécessairement le résultat d’un parent à problème. Comme l’a mentionné le chercheur en neurosciences Pat Levitt, la recherche a plutôt démontré qu’élever un enfant en santé est bien plus qu’une histoire de parents : c’est aussi l’histoire d’un village.

Dans mon dernier billet, je nous invitais à réfléchir à un moment où nous nous sommes sentis un bon parent.

Et si maintenant chacun de nous prenait l’engagement de faire vivre un de ces moments à un parent de notre entourage?

 

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