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Lettre à Carole

Publié par Sonia Daly le dans Petite enfance

Donner naissance à un enfant est certainement l’une des expériences les plus exaltantes de la vie humaine, mais aussi l’une des plus stressantes. Devant l’inconnu, bon nombre d’adultes ressente la crainte de ne pas être à la hauteur de ce rôle si important : celui d’être parent.

Dans un de mes précédents billets, j’évoquais la façon chaotique dans laquelle je suis moi-même entrée dans le monde des parents. Maman d’une grande prématurée – aujourd’hui âgée de 9 ans et en pleine santé – je n’avais pas prévu que la naissance de ma fille serait aussi mouvementée.

C’est à ce moment précis que j’ai réalisé à quel point la naissance d’un enfant, bien qu’excitante et longuement attendue, plonge aussi les parents dans un moment de grande vulnérabilité et qu’un parent bien entouré, c’est un parent bien outillé pour vivre pleinement l’aventure familiale.

Dans mon parcours de maman d’une grande prématurée, j’ai eu la chance de croiser beaucoup de personnes dévouées au bien-être des tout-petits. Mais de toutes celles que j’ai croisées, il y a une personne que je n’oublierai jamais: Carole, une infirmière d’expérience qui pratiquait à l’époque en néonatalogie, au CHU Ste-Justine. Carole en avait vu des bébés trop petits et des parents complètement dépassés. Elle avait même prodigué des soins infirmiers auprès des tout-petits jusqu’aussi loin que sur le continent africain.

Impuissante devant toutes ces machines, ces tubes, ces sonneries, ce jargon… je tentais désespérément de trouver ma place de mère et d’apprendre mon nouveau rôle. Je devenais peu à peu experte des bradycardies et des désaturations, je connaissais la routine de soins par cœur… je croyais que c’était ça, devenir mère. Je croyais que c’était devenir experte moi aussi, experte de toutes ces choses dont ma fille avait besoin pour sa survie.

Ce que j’avais oublié malgré moi dans cette dure épreuve, c’était que mon expertise à moi, mon expertise de maman, ne consistait pas à prodiguer les meilleurs soins infirmiers.

Carole m’a observé plusieurs jours. Dans un calme déconcertant, elle m’a posé LA question : «Sonia, que feras-tu une fois rentrée à la maison? Il n’y a aura pas de moniteurs, pas de sonneries, pas de tubes, pas de machines.» Carole venait d’ébranler, avec douceur, le peu de certitudes que j’avais comme parent. Ce n’était ni mal intentionné ni déplacé: elle sentait que je perdais pied, mais surtout, que j’avais beaucoup mieux à donner à ma fille.

Carole m’a alors proposé de lui parler de ma fille, de mes observations… et c’est alors que j’ai senti la mère que je voulais devenir prendre racine. J’en connaissais des choses sur ma fille! J’avais observé déjà tant de choses en la regardant, en la berçant. Je savais qu'elle aimait que je lui chante sa berceuse et je savais aussi qu’elle préférait dormir les bras en l’air, sans être emmaillotée – préférence qui perdure jusqu’à ce jour, d’ailleurs! Je savais qu’elle était déterminée – c’est confirmé! – et qu’elle exprimait déjà un tas de choses dans son petit corps de prématuré.

Quelle belle découverte! Ma fille avait à peine quelques jours de vie, et c’est fou tout ce que j’avais déjà appris! Je réalisais du coup qu’aucune machine ne pourrait prendre soin de ma fille comme moi, qu’aucune autre personne ne connaissait mieux ma fille que moi et que mes câlins étaient pour elle les meilleurs des câlins.

Carole m’avait fait prendre conscience que j’avais tout entre les mains. Et ça… c’est le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à tout nouveau parent.

Carole… à ce jour, je pense encore à toi. Je me sentais dépossédée de mon rôle de parent, je me sentais impuissante et même incompétente. Et toi, avec toute ta bienveillance, ta douceur, ton écoute et ton expérience, tu m’as fait réaliser que ma meilleure arme de maman, c’était d’observer mon bébé, d’être à l’écoute et de me laisser connecter peu à peu avec lui.

Merci Carole. Merci d’avoir contribué à devenir la maman que je suis aujourd’hui.

À mon tour, lorsque je croise un nouveau parent, je pose sur lui le même regard bienveillant que tu as posé sur moi.

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