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Ne lésinons pas sur la qualité des services offerts aux tout-petits

Publié par Sonia Daly le dans Petite enfance

Accepteriez-vous de vous faire opérer par une personne qui n’a eu que quelques heures de cours d’anatomie? Feriez-vous réparer votre voiture dans un garage où il n’y a presque pas d’outils?

La réponse à ces questions est évidente et relève du gros bon sens : non. Non, parce que vous comme moi savons tous instinctivement que pour prendre bien soin de notre santé ou de notre voiture, il faut un minimum de formation et d’outils. Nous recherchons de la qualité, puisque la santé et une voiture, c’est important. Et nous savons bien que la qualité a un prix.

Curieusement, on dirait que le gros bon sens ne s’applique pas autant quand il est question des jeunes enfants. Comme si bien élever des enfants ça ne nécessitait pas un service de qualité. Du moins, pas autant que notre santé ou notre voiture.

Des données peu reluisantes


Au Québec, plus de 300 000 enfants de 0 à 5 ans fréquentent régulièrement un service de garde, en moyenne 8 heures par jour. De ce nombre, près d’un enfant sur quatre, soit environ 75 000 enfants, fréquenterait un service de faible ou de très faible qualité. Ce nombre serait d’ailleurs sous-estimé, puisqu’il n’inclut aucune donnée d’enfants fréquentant un service de garde non régi, ces derniers ne faisant pas l’objet d’une évaluation de la qualité.

Bien que deux enquêtes en 2003 et 2014 ont permis de documenter la qualité de certains types de services de garde, peu d’améliorations ont été apportées aux réseaux des services de garde. Certains services de garde s’en tirent mieux que d’autres. C’est le cas notamment des centres de la petite enfance (CPE). En effet, parmi l’ensemble des enfants de 0 à 18 mois fréquentant un CPE, 2 % se trouvait dans un établissement de faible qualité en 2014. En comparaison, 41,2 % des enfants de 0-18 mois fréquentant un service de garde non subventionné se trouvaient dans une installation considérée de faible ou de très faible qualité.

Pourtant, le nombre de places en garderie non subventionnée a connu une croissance spectaculaire, passant de 1620 places en 2003 à 61 400 places en 2017 – une augmentation moyenne de 270 %. Or, pour la même période de temps, le nombre de places en CPE a connu une croissance moyenne de 11 %, passant de 63 339 places en 2003 à 93 932 places en 2017.

Ton choix, ta responsabilité


Comment est-ce possible que nous puissions même tolérer que de jeunes enfants, durant une période que nous savons très sensible dans leur développement, puissent fréquenter en aussi grand nombre et de façon aussi régulière des services de garde de faible qualité?

La question se doit d’être posée.

Certains seront possiblement tentés de répondre que devenir parent est un choix et qu’il fallait y penser avant de faire des enfants: «Tu voulais des enfants, maintenant, assume». La qualité d’un service de garde serait donc la seule et unique responsabilité du parent. Pas de services de garde de qualité? Eh bien, la solution est simple: rester à la maison.

À la maison, c’est mieux


Du coup, la question de la qualité des services de garde se trouve complètement éclipsée par un tout autre débat: vaut-il mieux pour un enfant de fréquenter un service de garde ou de rester à la maison avec l’un de ses parents?

Différentes conceptions du rôle de parent et de la famille ainsi que du développement du jeune enfant s’affrontent ici, bien souvent dans un dialogue de sourds. Certains prétendent que les parents d’aujourd’hui travaillent trop et qu’ils laissent d’autres personnes veiller à l’éducation de leur progéniture, alors que d’autres voient d’un bon œil que des parents n’aient pas nécessairement à mettre leur ambitions professionnelles en veilleuse en ayant des enfants. Certains croient que les enfants ont besoin de profiter de leur enfance avant d’entrer dans la rigidité du monde scolaire, alors que d’autres pensent que les services de garde peuvent au contraire favoriser la socialisation des enfants.

Et puis… il y a également ceux qui perçoivent que les générations de parents d’aujourd’hui ont pas mal plus en matière de soutien à la famille que tout ce que les générations précédentes ont pu avoir. Alors pourquoi demander mieux, ou plus?

De la qualité à tout prix


Et pourtant.

Au cœur de ces discussions, peu importe les divergences d’opinions et d’avis, se trouve une préoccupation commune : l’importance d’élever des enfants «comme il le faut». Et donc, l’importance de la qualité dans ce que nous faisons avec eux, peu importe qui est impliqué envers l’enfant et peu importe à quel endroit.

Vrai que les familles d’aujourd’hui jouissent de certaines mesures qui changent positivement les choses dans leur vie, notamment le Régime québécois d’assurance parentale, pour ne nommer que celui-là. Est-ce que ces avancées devraient freiner les aspirations pour quelque chose d’encore mieux? Rien n’est moins sûr. Il y a toujours de la place pour l’amélioration, surtout lorsque le bien-être de nos enfants est concerné. Quel parent n’a pas souhaité que la vie de ses enfants soit encore meilleure que la sienne?

Remettons donc ici le bien-être des enfants au cœur de ce que nous faisons. Ce bien-être nécessite des adultes de qualité autour de l’enfant, des environnements stimulants et chaleureux pour l’enfant, que ce soit à la maison ou au service de garde.

Collectivement, nous sommes responsables de soutenir les familles dans le magnifique, mais pas toujours facile rôle de parents. Et nous sommes tout autant responsables de la qualité des services qui leur sont offerts, plus particulièrement en services de garde, puisque plusieurs d’entre eux y passent régulièrement du temps.

Peu importe les choix que les parents font de rester à la maison ou de retourner au travail, l’essentiel, c’est que les parents puissent subvenir aux besoins de leurs enfants, obtenir du répit et du soutien lorsqu’ils en ont besoin et compter sur des personnes significatives pour prendre leur relais lorsque nécessaire. Les services de garde peuvent jouer ce rôle de relais, mais leur qualité est primordiale et… la qualité a un prix. De la même façon qu’on ne se magasine pas une famille au magasin à 1 dollar, un service de garde devrait offrir ce qu’il y a de mieux pour un jeune enfant.

Parce que nous n’avons pas les moyens d’être radins quand on parle du bien-être de nos enfants.

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