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Plus de bienveillance et moins de mythes qui ont la vie dure

Publié par Sonia Daly le dans Défavorisation

Plus de bienveillance et moins de mythes qui ont la vie dure

Récemment, l’Observatoire des tout-petits nous rappelait que nous n’avons malheureusement pas tous la même chance dans la vie. Chez les 0-5 ans, un peu plus d’un enfant sur dix vit dans la pauvreté et près d’un sur dix ne mange pas à sa faim. Un enfant sur dix, c’est plus de 50 000 enfants, l’équivalent de plus de 1000 autobus scolaires remplis au maximum de leur capacité.

Choquant, n’est-ce pas?

Sachant combien les premières années de vie sont cruciales, personne ne souhaite voir les enfants grandir dans des conditions précaires ni être confrontés à des difficultés. Personne, surtout pas leurs propres parents.

Pourtant, quand il est question de pauvreté infantile, plusieurs montrent spontanément les parents du doigt en rappelant qu’ils sont les premiers responsables du sort de leurs enfants. Il n’y a qu’à lire des commentaires sur les réseaux sociaux ou dans les médias qui invitent les parents qui en arrachent à se trouver un emploi, à travailler plus fort… ou même à s’abstenir d’avoir des enfants. Ces commentaires proviennent d’un peu partout, parfois de personnes aux premières loges du soutien aux familles.

Qu'est-ce qui est le plus choquant, le vécu instable de trop d’enfants québécois ou notre réaction devant la misère des autres? Les parents sont les premiers éducateurs de leur enfant, ils en sont donc majoritairement responsables. Cela dit, la pauvreté est un phénomène complexe qui a de multiples causes et c’est un lourd fardeau à faire porter sur les seules épaules des parents!

Des mythes qui ont la vie dure

Force est d’admettre que plusieurs mythes sur la pauvreté ont la vie dure. En voici deux, d'une série de quatre, qui ne tiennent pas la route devant les faits et dont il faudrait impérativement se débarrasser en 2017 si nous avons le bien-être des tout-petits à coeur!

Mythe #1 : La pauvreté est un choix

Certaines croyances populaires prétendent que nous naissons tous égaux et que le succès dans la vie est d’abord et avant tout un choix. La réalité est autrement plus compliquée : non seulement nous ne naissons pas égaux, mais nous ne mourons pas égaux. Plusieurs facteurs sont en cause, mais il en est un particulièrement important : le stress, celui que l'on nomme stress chronique ou stress toxique et qui se distingue de celui de la vie de tous les jours. On le rencontre lorsque plusieurs défis s’accumulent et qu’il devient de plus en plus difficile de voir le bout du tunnel. Cette situation place les parents en mode survie de façon constante. Ce stress est tellement énergivore qu’il vole même plusieurs années de vie à des milliers de Québécois. Dans certains quartiers de Montréal, il y a une différence d’espérance de vie de 12 ans entre des quartiers mieux nantis et des quartiers moins bien nantis. Personne ne fait le choix de vivre beaucoup de stress tous les jours, ou de mourir plus jeune. La pauvreté est plus subie que choisie, elle est aussi engendrée par des facteurs qui ne sont pas individuels, sur lesquels les personnes pauvres ont souvent bien peu de contrôle. C’est le cas notamment de nos politiques publiques.

Mythe #2 : Les parents pauvres sont nécessairement irresponsables ou incompétents

Sachons-le, dans un passé pas si lointain la pauvreté au Québec était plus légion qu’exception.

Les parents pauvres ne sont pas plus ou moins responsables ou compétents que les autres. Je dirais même que la pauvreté amène son lot de compétences. Essayons de passer une semaine dans la peau d’un parent qui a de la difficulté à joindre les deux bouts. Si nous y arrivions, je parie que nous apprendrions beaucoup sur ce que sont la débrouillardise et la créativité. Il en faut beaucoup pour élever des enfants tout en cumulant 2 et même 3 emplois au salaire minimum et superviser les devoirs du plus vieux tout en négociant la possibilité de s’absenter pour le rendez-vous médical du plus jeune qui va nécessiter pour s’y rendre trois changements d’autobus parce qu’on n’a pas les moyens de faire réparer la voiture. Gérer les conséquences de la pauvreté est en soi un emploi à temps plein, qui exige d’excellentes qualités de gestionnaire!

Considérer l’avis des parents

Nous en savons heureusement de plus en plus sur les conséquences de la pauvreté sur les enfants et sur les pratiques parentales. Mais les parents, qu’ont-ils à nous dire sur leur expérience, sur leur vécu, sur leur quotidien? 

En 2016, la publication d’une enquête unique au monde a offert une voix à 15000 parents québécois et leur a permis de partager leur expérience. Unique parce que les pères et les mères y ont répondu dans une proportion quasi égale.

Parmi les grands apprentissages révélés par cette enquête : la très grande majorité des parents, même les plus pauvres, se sentent compétents. Ils aiment leurs enfants, ils veulent le meilleur pour eux et ils font tous leur grand possible pour y arriver. Non seulement ils se sentent adéquats avec leurs enfants, mais ils ont aussi une soif qu’on reconnaisse leur compétence. Autrement dit, ils ont besoin que nous leur fassions confiance. Ils veulent nous entendre leur dire : « Wow! Tu chantes tellement de belles comptines, tu as vu les étoiles dans les yeux de ta petite et les sourires qu’elle te fait? »

Des mythes qui ont la vie dure, la suite

Dans mon prochain billet, j’aborderai deux autres mythes assez courants sur la pauvreté : 3- La pauvreté est une affaire de « BS » 4- les familles pauvres n’ont qu’à utiliser l’abondance de services que nous avons pour s’en tirer. De belles discussions en perspectives, comme vous pouvez le voir!

D’ici là, je nous mets au défi de réfléchir à un moment où notre entourage nous a fait sentir comme « un bon parent ». Qu’ont-ils faits? Comment vous êtes-vous sentis?

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