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Trois raisons pour en finir avec la pauvreté!

Publié par Sonia Daly le dans Défavorisation

Dans mes deux derniers billets, je m’attaquais à quatre grands mythes que nous entretenons au sujet de la pauvreté, qui nous éloignent souvent de notre objectif de soutenir positivement et significativement les familles et leurs jeunes enfants. Cela dit, les mythes existent parce que la pauvreté existe. Et si nous nous attaquions pour de bon à la pauvreté et aux inégalités? Voici trois raisons d’agir dès maintenant.

1. La pauvreté stresse les familles et les enfants

La pauvreté n’est pas un choix, car il s’agit d’une expérience hautement stressante qui a des conséquences néfastes, autant chez les adultes que chez les enfants. Plus les difficultés s’accumulent, plus le stress est grand. On désigne ce cumul de difficultés comme du stress toxique, parce qu’il place le corps humain dans une situation de survie constante. Dans une situation de danger, il est souhaitable que le corps sécrète des hormones du stress, comme le cortisol, pour nous permettre de réagir rapidement. Par contre, ces hormones du stress, sécrétées sur le long terme, affectent durablement la santé et la capacité de se développer sainement. C’est ce qui explique notamment pourquoi il peut être difficile pour bon nombre de familles de quitter le cercle vicieux de la pauvreté en effectuant par exemple un retour aux études ou en dénichant un meilleur emploi. Certaines tâches deviennent impossibles à réaliser, parce que toute l’énergie est monopolisée à réagir aux événements du quotidien. Le stress vécu par les grands  a aussi des conséquences chez les plus petits. Dès la grossesse, le fœtus exposé régulièrement au cortisol sécrété par sa mère a plus de probabilité de naître avec un plus petit poids. Le stress peut aussi affecter la capacité des parents à tisser une bonne relation avec leur enfant, à une période où les enfants ont pourtant de grands besoins. Bien souvent, des parents et des enfants stressés vivent dans un environnement plutôt hostile, que ce soit un logement petit et bondé ou alors un quartier éloigné et dangereux. Ces environnements sont souvent peu propices pour se bâtir un réseau d’entraide et pour permettre une exploration stimulante et sécuritaire pour les enfants, à un âge où ceux-ci sont pourtant naturellement disposés à explorer le monde qui les entoure.

2. Certaines inégalités sont observables dès le plus jeune âge

Évidemment, le stress toxique n’est pas sans conséquence. Dans les familles où les difficultés s’accumulent, on observe plus de bébés de petits poids de naissance et plus de naissances prématurées. À leur tour, ces naissances sont plus souvent associées à des difficultés de santé, dans le développement intellectuel et aussi dans le comportement. De plus en plus de recherches font état d’autres types d’inégalités présentes dès la petite enfance, qui peuvent avoir des répercussions sur la réussite scolaire et sur la vie adulte. C’est le cas notamment de ce que plusieurs chercheurs désignent comme le word gap , c’est-à-dire, le fossé qui se creuse entre certains enfants en ce qui a trait à l’acquisition du vocabulaire, plusieurs années avant le moment d’entrer à la maternelle. Des données américaines ont montré que les enfants grandissant dans des milieux mieux nantis – et donc potentiellement moins stressés – sont exposés en moyenne à 30 minutes de plus de chansons, de comptines et de lecture de livres par jour que les enfants grandissant dans des milieux où les difficultés s’accumulent. Le fossé qui se creuse est tel, qu’on estime que les enfants ayant grandi dans les milieux les plus difficiles sont exposés en moyenne à 30 millions de mots de moins durant leur petite enfance.

3. Le stress vécu pendant la petite enfance a des répercussions à l’âge adulte

Le stress toxique vécu pendant la grossesse et la petite enfance n’est pas anodin : il peut avoir des répercussions jusqu’à l’âge adulte. Certains chercheurs parlent même de la pauvreté et du stress qu’elle engendre comme d’une « taxe sur le cerveau ». Ainsi, les jeunes enfants ayant été exposés à un cumul d’adversité (séparation des parents, faible revenu, toxicomanie, problème de santé mentale, négligence, logement insalubre et bondé, etc.) pendant leur petite enfance sont jusqu’à trois fois plus à risque de développer certaines maladies chroniques à l’âge adulte. En fait, les adultes ayant vécu dans la pauvreté depuis leur petite enfance ont jusqu’à 50% plus de probabilité de recevoir un diagnostic de maladies cardiovasculaires.  Par ailleurs, les jeunes enfants vivant dans la pauvreté et le cumul de difficultés deviennent plus souvent des adultes sédentaires avec des problèmes de poids. Puisque manger sainement coûte en moyenne 550$ de plus par année, beaucoup de jeunes enfants s’alimentent de produits moins dispendieux de moins bonne qualité, et ces mauvaises habitudes alimentaires perdurent dans le temps, même si la situation financière s’améliore à l’âge adulte. Le stress toxique vécu pendant la petite enfance est également associé à des problèmes de santé mentale à l’âge adulte, notamment l’anxiété et la dépression et il a aussi des effets à long terme sur les capacités intellectuelles.

Heureusement, il n’y a pas de fatalité. Même si nous en connaissons désormais davantage sur les effets dommageables du stress chronique engendré par la pauvreté, nous savons aussi que le destin des enfants n'est jamais complètement tracé : il est possible d’agir concrètement et d'améliorer la vie des familles et des enfants. Des sages l’ont bien compris avant nous qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Dans mon prochain billet, j’aborderai concrètement de quelles façons nous pouvons tous contribuer à construire ce « village ».

 

 

 

 

 

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